Ce que les chiffres officiels du Ministére de l’Intérieur disent
Victimes de violences enregistrées 2024 Ministére de l’Intérieur
Pourquoi les femmes ne signalent pas
Les femmes victimes ne signalent pas pour plusieurs raisons mesurées : honte, peur des représailles, dépendance économique vis-à-vis du partenaire violent. Vient aussi le manque de confiance dans l’institution et la crainte de ne pas être crues. Ces freins diffèrent de ceux des hommes victimes — mais produisent le même résultat : une sous-déclaration massive.
Les deux réalits coexistent
Les hommes sont aussi victimes de violences domestiques — les données de l’article miroir sont réelles. Mais les ordres de grandeur diffèrent : les femmes représentent la grande majorité des victimes graves (violences conjugales, violences sexuelles) dans presque tous les pays. Les deux réalités coexistent et méritent des politiques de prévention distinctes.
Documenter les victimes masculines et féminines avec la même rigueur statistique n’est pas une compétition c’est la condition pour des politiques publiques adaptes aux deux réalits.
Le sous-signalement : pourquoi les chiffres officiels sous-estiment la réalité
Les données officielles sur les violences faites aux femmes souffrent d’un biais structurel massif : la majorité des victimes ne déposent pas plainte. L’enquête VIRAGE (Violence et Rapports de Genre) de l’INED, menée auprès de 27 000 personnes en France, estime que seulement 14% des victimes de violences conjugales portent plainte dans l’année où les violences ont lieu.
Les raisons documentées du non-signalement sont multiples :
- Dépendance économique : 43% des victimes citent l’impossibilité financière de quitter le logement
- Peur des représailles : 67% des non-signalements impliquent une crainte explicite d’escalade des violences
- Doute sur la gravité : déconstruction progressive de l’estime de soi par le partenaire violent (gaslighting)
- Enfants communs : 38% des femmes qui ne signalent pas invoquent la garde des enfants
Profil des violences : qui, où, comment
Contrairement aux représentations médiatiques, les violences conjugales ne se limitent pas aux féminicides. L’enquête CVFF (Cadre de Vie et Sécurité des Femmes) de l’INSEE et du SSMSI documentée un spectre large :
Les violences psychologiques — humiliations répétées, isolement forcé, contrôle financier — sont les plus fréquentes et les moins visibles. Elles précèdent presque toujours les violences physiques et sont pourtant les moins couvertes par les statistiques officielles.
Les effets sur la santé : au-delà des blessures physiques
L’OMS classe les violences conjugales parmi les principaux facteurs de risque pour la santé des femmes dans les pays à revenu élevé. Les conséquences documentées incluent :
- Risque multiplié par 3 de développer une dépression ou un trouble anxieux chronique
- Risque multiplié par 2 de tentatives de suicide (INED VIRAGE)
- Impacts sur la santé reproductive : grossesses non désirées suite à violences sexuelles, complications obstétriques
- Coût économique estimé à 3,6 milliards d’euros par an en France (frais médicaux, procédures judiciaires, hébergement d’urgence) selon le HCEfh 2014
Sources :
[1] SSMSI Enquête Vécu et Ressenti en matiére de Sécurit2024.
[2] Ministére de l’Intérieur Victimes de violences physiques et sexuelles 2024.
[3] Miprof Chiffres de référence sur les violences faites aux femmes 2024.